Fairtrade Sourcing Programs : la position de BFTF

20 janvier 2015

Toute personne aujourd’hui, un tant soit peu intéressée par le commerce équitable, a entendu parler du nouveau modèle « FSP », lancé, il y a peu, par Fairtrade International. Mais qu’est-ce que le « FSP » ? Qu’est-ce que cela signifie concrètement ? Quels en seront les impacts pour les producteurs du Sud et pour le secteur du commerce équitable en général ? Ci-dessous un bref rappel de ces nouveaux programmes, suivi de la position de BFTF sur le sujet.

FSP, en quelques mots

Le FSP, Programmes d’approvisionnement Fairtrade, est un nouveau modèle lancé par Fairtrade International qui concerne les filières des matières premières cacao, sucre et coton.
Sur son site internet, Fairtrade International explique que « les programmes d’approvisionnement Fairtrade pour le cacao, le sucre et le coton rapprochent les agriculteurs certifiés Fairtrade et les entreprises voulant acheter ces matières premières en particulier. Plutôt que de cibler la totalité des ingrédients d’un produit final, la participation aux programmes d’approvisionnement signifie qu’une entreprise peut désormais s’engager à travers une ou plusieurs matières premières qu’elle peut utiliser dans la production d’un ou plusieurs produits. Ceci est donc une façon supplémentaire de s’engager en faveur des petits producteurs...
Par exemple, un supermarché pourra désormais acheter une partie ou la totalité de son cacao au travers du programme de cacao Fairtrade et l’utiliser dans toute sa gamme de tablettes de chocolat ou même dans ses biscuits et ses gâteaux...
... Tous ces types d’engagements auront une influence sur l’augmentation des ventes de matières premières Fairtrade et donc sur les conditions de vie et de travail des petits producteurs et de leurs communautés. » (www.fairtrade.net/fsp-overview.html?&L=2)
Pour les entreprises qui s’engagent dans ce programme d’approvisionnement, Fairtrade International a créé un nouveau label qu’elles pourront apposer sur leurs emballages, dans leur communication et leurs documents d’entreprise. Voici, par exemple, le label pour le programme cacao :
La condition d’utilisation de ce label est simple : les partenaires peuvent utiliser le label du programme d’approvisionnement Fairtrade sur un emballage à condition que 100 % du cacao entrant dans la composition du produit fini soit acheté aux conditions Fairtrade.
Pour illustrer cette nouvelle règle, prenons l’exemple concret d’un produit qui contiendrait, entre autre, les ingrédients suivants disponibles en Fairtrade : 1% de cacao, 45% de sucre et 15% de noix de cajou. Pour que ce produit soit labellisé FSP, il suffira que le seul 1% de cacao soit Fairtrade et aucun des deux autres, pourtant eux aussi disponibles en Fairtrade.
Avec ce nouveau modèle, l’idée défendue par Fairtrade International est de permettre, d’une part, aux producteurs certifiés Fairtrade de vendre davantage, d’autre part, aux entreprises de sécuriser leurs approvisionnements en travaillant avec des plus petits producteurs et des engagements commerciaux à long terme. Fairtrade International met ainsi en relation les producteurs Fairtrade avec les entreprises souhaitant acheter des matières premières dans les conditions Fairtrade.
Dans sa communication de lancement du « FSP », l’organisation Fairtrade International insiste sur les avancées importantes que procurera ce système pour les organisations de petits producteurs de ces filières et l’impact qu’il aura pour leurs familles grâce à l’augmentation importante de leurs volumes de ventes.
A ce jour, au niveau international, Fairtrade International a annoncé officiellement 9 engagements (8 cacao et 1 coton) avec des multinationales telles que Mars et Lidl en Allemagne, et Coop en Suisse. Ces engagements seuls auraient des effets importants. En effet, Fairtrade International estime que rien que les accords sur le chocolat en Allemagne sextupleraient les ventes de cacao Fairtrade en Allemagne. Cela équivaudrait à une croissance des ventes de 14% pour les producteurs de cacao au niveau mondial juste pour 2014. En Belgique, à ce stade, nous sommes toujours dans une phase prospective.

Brève contextualisation…

Ces dernières années, l’initiative de labellisation Fairtrade - Max Havelaar a modifié ses conditions de labellisation de produits composés. Elle a diminué progressivement, mais fortement, la quantité minimum d’ingrédients Fairtrade dans ces produits. Nous sommes ainsi récemment passés à un minimum de 20% seulement. Jusqu’à présent, Fairtrade International veillait cependant toujours à maintenir comme « garde-fou » la règle du « Tout ce qui peut être Fairtrade, doit être Fairtrade ».
Aujourd’hui, avec ce nouveau modèle « FSP », Fairtrade International assouplit encore un peu plus ses conditions de labellisation des produits composés. Désormais, un produit composé qui contient un des ingrédients visés par le modèle « FSP » (cacao, sucre ou coton) sera labellisé Fairtrade - Max Havelaar si 100% de cet ingrédient est Fairtrade, même si cet ingrédient ne représente qu’1% du total des ingrédients du produit et que d’autres ingrédients de ce produit qui pourraient être Fairtrade ne le sont pas.

Qu’en pense la Belgian Fair Trade Federation (BFTF) ?

A la Belgian Fair Trade Federation, nous ne partageons pas l’optimisme de Fairtrade International envers les organisations de petits producteurs des filières concernées. Dans certaines grandes filières du commerce équitable, comme celles de la banane, du cacao, du sucre, etc…, le commerce équitable a eu un impact extraordinaire pour les petits producteurs et leur coopérative. La situation a cependant bien changé ces dernières années, notamment sous l’impulsion de l’organisation Fairtrade qui certifie de plus en plus de grandes entreprises de production au Sud liées aux multinationales. Nous pensons que ce seront ces grandes entreprises, dont une partie seulement de leur production est certifiée Fairtrade, qui seront les grands bénéficiaires de ce nouveau modèle « FSP ». Ceci sera au détriment des petits producteurs historiques du commerce équitable qui verront leurs revenus diminuer.
En tirant constamment vers le bas les conditions d’octroi du label Fairtrade - Max Havelaar, la Belgian Fair Trade Federation se demande en quoi ce label représente encore les valeurs historiques du commerce équitable que ses membres prônent et défendent.
BFTF s’interroge encore sur les véritables motivations qui poussent l’organisation Fairtrade International dans cette voie : certainement pas, à nos yeux, le développement des coopératives historiques de petits producteurs du commerce équitable du Sud, pas plus que le renforcement d’un commerce mondial plus juste, alternative aux pratiques du commerce conventionnel défendue par le commerce équitable. Faut-il alors y voir une explication dans l’annonce faite par Fairtrade International d’un vif intérêt porté par certaines grandes multinationales dans son label, ces mêmes multinationales dont on sait très bien qu’elles sont prêtes à s’engager seulement dans un commerce équitable au rabais ?
BFTF note enfin qu’au cours de ces dernières années, un certain nombre d’organisations historiques de commerce équitable en Europe ont pris certaines distances vis-à-vis du label Fairtrade - Max Havelaar en le retirant de leurs produits et, qu’aujourd’hui, d’autres organisations sont prêtes à leur emboîter le pas. Nous apprenons également qu’au sein même de l’organisation internationale Fairtrade, certaines initiatives nationales se sont clairement prononcées contre l’application de ce nouveau label « FSP ».
En conclusion, ce modèle « FSP » va clairement à l’encontre des valeurs de commerce équitable portées par la Belgian Fair Trade Federation et ses membres. Ces valeurs résident notamment dans l’autonomie des producteurs, la maitrise de leur marché et de leurs exportations, une relation commerciale durable, des prix justes, etc., valeurs qui risquent de disparaître progressivement avec l’expansion que prendra ce programme d’approvisionnement Fairtrade.
En réponse à ce nouveau programme, BFTF se doit plus que jamais de mettre l’activité de ses membres en avant, membres qui répondent à des critères d’adhésion exigeants et qui dans leur activité ont une démarche constante de progrès vers un commerce toujours plus équitable. Les acteurs du commerce équitable, membres de notre fédération, ont en effet fait le choix de mettre au cœur de leur activité la défense des droits des producteurs des pays du Sud par la sensibilisation et la vente de produits issus du commerce équitable.
En tant que fédération de commerce équitable, nous nous devions d’expliquer à nos membres les enjeux de ce nouveau label et d’attirer leur attention sur ses conséquences éventuelles sur leurs activités. Nous les encourageons maintenant à analyser sereinement ce modèle et, éventuellement, à prendre attitude.

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Pierre-Yves Brasseur
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